Contrat à terme

 


Du point de vue de la nature descriptive de notre étude, nous cherchons essentiellement à comprendre notre objet 'de l'intérieur', empiriquement. Il y avait alors principalement deux types d'intervenants sur le parquet: Ils constituent notamment les marchés directeurs des taux d'intérêt à moyen et long terme.

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La chambre de compensation est l'acheteur de tous les vendeurs, et le vendeur de tous les acheteurs. Elle centralise donc les risques de contrepartie, qu'elle annule:. Le mécanisme de l' appel de marge est le suivant: Par exemple, un opérateur A a acheté contrats à terme à et un opérateur B les a vendus. En fin de journée, le marché a baissé et ceux-ci valent Lorsqu'un opérateur ne peut pas payer un appel de marge, sa position est soldée sur le marché. Les ajustements se font donc chaque jour et le risque de contrepartie pris par la chambre de compensation est limité aux variations journalières qui est, lui, déjà couvert par les dépôts de garantie.

Le risque global est donc nul. Lorsque le marché est limit up ou limit down , les cotations sont interrompues jusqu'à ce que la chambre de compensation ait pu procéder à un appel de marges, appelé en anglais intra-day margin call , et l'encaisser. Les contrats à terme sont standardisés par le marché à terme qui les crée:. Tout ceci permet aux opérateurs de se consacrer uniquement à l'évolution du prix et de pouvoir comparer les contrats plus facilement.

Par ailleurs, les prix sont publics et transparents et l'information est donc disponible pour tous les opérateurs. La somme de la valeur absolue de toutes les positions nettes, divisée par deux, est appelée position ouverte en anglais: Elle est généralement surestimée, dans la mesure où un achat de contrats chez un intermédiaire A clôturé par une vente chez un intermédiaire B risque de compter dans la position ouverte.

La position ouverte résiduelle, le dernier jour de négociation du contrat, donne lieu, suivant les spécifications du contrat, soit à une livraison physique, soit à un règlement financier. Les détails du processus de livraison du sous-jacent sont publics. Le principe de la livraison est indispensable au bon fonctionnement du marché.

Lui-seul permet de faire converger à l'échéance les prix du contrat à terme et de son sous-jacent. Cependant, celle-ci n'intervient que rarement. En effet, les opérateurs ferment le plus souvent leur position avant l'échéance du contrat, c'est-à-dire qu'ils rachètent ou revendent sur le marché le nombre exact de contrats à terme qu'ils y avaient auparavant vendus ou achetés. Dans certains cas, comme celui des contrats sur indices ou sur taux par exemple sur taux IBOR , une livraison serait malaisée car l'actif sous-jacent n'existe pas physiquement.

On procède donc simplement au paiement de la différence de prix entre le cours de clôture du contrat et la valeur finalement constatée de l'actif. Le type de livraison livraison en numéraire ou livraison du sous-jacent est clairement indiqué dans le contrat.

Il peut aussi exister des contrats à terme sur un actif physiquement existant dont la livraison se fera en numéraire. Il est donc primordial de se renseigner sur le type de livraison avant de s'engager dans de tels contrats.

Il y avait alors principalement deux types d'intervenants sur le parquet: Les premiers brokers en anglais étaient les exécutants, sur le marché, des ordres passés par les institutions financières banques, fonds d'investissement, assureurs, etc.

Les seconds appelés locals en anglais et négociateurs individuels de parquet , ou nips , sur le Matif de Paris spéculaient pour leur propre compte, en mettant en jeu tout ou partie de leur patrimoine. Beaucoup essayaient principalement d'intercepter du regard les gros ordres de façon à pouvoir les devancer et réaliser ainsi un profit rapide.

La négociation des contrats à terme est maintenant devenue essentiellement électronique. Les pits ne subsistent plus que sur quelques marchés, notamment à Chicago. Les locals existent toujours, mais ils sont désormais assis dans un bureau devant leur ordinateur. Le développement de l' informatique et de l'électronique a facilité l'accès aux marchés à terme. Actuellement on distingue trois catégories d'intervenants: Tout, sur les marchés à terme, est fait pour favoriser la liquidité du marché , facteur essentiel de l'utilité économique du contrat.

Un contrat qui n'est pas liquide ne sert à rien, puisqu'on ne peut pas y retourner une position. La liquidité ne sera assurée qu'en cas de succès permanent du contrat et l'on compte par dizaines, sinon par centaines, les contrats à terme qui ont disparu — parfois après de nombreuses années de bons et loyaux services. Les contrats sur des taux interbancaires en blanc sur ce concept, voir l'article: Le sous-jacent est un taux de référence.

Il s'agit du taux LIBOR à trois mois tel que mesuré et publié le dernier jour de cotation du contrat. Comme tous les taux LIBOR, le taux mesuré est un taux spot , c'est-à-dire pour départ deux jours ouvrés après la date de mesure, et avec une date de fin trois mois calendaires après. En revanche, si le dernier jour de cotation avait été le 15 mars, le taux n'aurait pu avoir été celui du 17 mars au 17 juin car le 17 juin tombe un samedi.

Enfin, le taux est bien sûr établi suivant les usages du marché monétaire en question. Les prêts interbancaires en blanc ne sont pas des marchandises génériques et indifférenciées: Ils sont dépendants de l'existence chez la banque prêteuse d'une ligne de crédit sur l'établissement emprunteur et du degré d'utilisation de cette ligne, et une transaction interbancaire en blanc n'est jamais conclue qu'après vérification de ses lignes par le prêteur.

À ce titre l'empathie jouait un rôle important dans la collecte de données. Durant cette période paradigmatique de la démarche ethnographique, nous avons opéré des aller-retours entre la programmation d'applications et la mise en tests de leur prototypes, participé à nombre de réunions de travail, observé les évolutions de l'organisation de la salle.

A tout ceci, il faudrait ajouter la participation à la vie communautaire, les "pots" et les discussions devant la machine à café. La collecte de données s'est donc opérée essentiellement en situation de travail ou par observation directe d'événements auxquels nous étions extérieur. On pourrait croire que le travail en convention Cifre permet de résoudre le problème de l'accès au terrain. Ce n'est pas toujours le cas: Nous avons opté pour la dernière solution. En fait, même pour définir le cahier des charges d'outils informatiques dont ils ont le plus grand besoin, les opérateurs restent peu disponibles.

Face à ce problème nous avons obtenu de passer des séjours prolongés dans la salle à l'occasion de la mise en route de nos applications. Nous avons de la sorte conduit des périodes 'd'observation directe' du fonctionnent du front office, sans y intervenir formellement.

L'identification du chercheur à son terrain et son statut. L'observation participante présente des risques élevés, notamment ceux d'identification du scientifique aux personnels de l'entreprise et les difficultés de distanciation par rapport au vécu quotidien.

Le risque pour le chercheur est de perdre la capacité " à s'affranchir de catégories qui ont le pouvoir de définir son action et l'action de ceux qui l'entourent ".

À cet égard, les séminaires de recherche conduits par les laboratoires de Dauphine permettent de construire le va-et-vient entre l'immersion et la prise de distance. L'autre problème de l'observateur participant est celui de l'élucidation du statut qui lui est attribué. Il doit occuper une place dans la structure sociale du groupe ou au moins une position pensable dans son système de représentation.

Il est vital d'expliciter cette position dans la mesure où elle conditionnera les phénomènes observés dans le cadre des interactions. Les conventions Cifre ont pour objet la formation: À l'origine nous avons été embauché grâce aux quotas d'apprentissage, permettant par là au chef du service informatique de renforcer son équipe avec l'idée d'apporter un regard neuf à des problèmes récurrents.

Dans ces conditions, le statut qui nous a été attribué fut d'abord celui de stagiaire. Celui-ci est plutôt confortable dans la mesure où s'il ne permet pas de participer pleinement au fonctionnement des projets, il justifie que l'on pose des questions. Dans un service, très ouvert, où les sous-traitants étaient nombreux, notre intégration fut ainsi très facile.

Par contre lorsque nous avons cherché à formaliser nos activités sur le système de reporting du département, le problème de l'affectation d'un 'code projet' à la recherche s'est posé.

Entre notre embauche et le rachat d'Indosuez par le Crédit Agricole, un autre événement intervint: L'arrivée de son remplaçant modifia le programme de développement au sens où les prolongements logiciels prévus ne furent pas lancés. Notre campagne d'entretiens fut donc initiée plus tôt que prévu. Dans cet intervalle, la rotation du personnel devenant importante dans le service, notre statut y évolua vers celui de 'personne-ressource informelle'.

De la sorte et grâce à notre position simultanée d'extériorité et d'expérience, dans la mesure ou nous étions parmi les personnes les plus anciennes du service, nous fûmes en position de tisser des relations directes dans l'établissement et au-dehors. Dans la salle des marchés, notre statut était différent. D'abord parce que la salle ne fonctionne pas à la manière d'un service informatique, ensuite parce que la réputation des informaticiens n'y était pas bonne, l'échec d'un gros projet y ayant fortement hypothéqué leur image.

À l'opposé de ce projet reposant sur une informatique 'lourde', notre travail se concentra sur la mise au point d'applications fonctionnant sur les ordinateurs personnels des opérateurs. Un premier logiciel de suivi des opérations et des risques fut développé à partir d'une feuille de calcul écrite par un trader, puis avec son succès d'autres demandes vinrent: Les deux premiers systèmes étaient demandés par le desk de 'Change Forward', le dernier par celui de 'Change Spot'.

Nous avons également joué un rôle informel de conseil en utilisation d'Excel un tableur. Dans notre service d'origine, ce travail sur micro ordinateur ne nous permettait pas de nous intégrer pleinement puisque les gros systèmes IBM, Vax, Digital étaient la règle.

Par contre la réactivité extrême et l'accessibilité de la micro-informatique furent pour nous le vecteur d'un contact fructueux avec les traders. Nous pouvions d'un jour sur l'autre répondre à leurs demande et parfois les précéder. Les applications que nous mettions en place étant indépendantes des autres systèmes informatiques, elles se révélèrent particulièrement fiables et peu exigeantes en maintenance.

Nos rapports avec les opérateurs étaient excellents, et furent l'occasion de nombre de discussions et d'échanges. À partir de la compréhension empirique de notre objet d'étude et de la formulation d'une problématique, nous avons, à partir du mois d'avril 95, formalisé les questions que nous souhaitions éclaircir.

Il nous semblait nécessaire de prendre de la distance par rapport au travail dans lequel nous nous étions impliqués et de généraliser la portée de nos observations. Sur la base des contacts que notre année d'observation participante avait suscitée nous avons mené une campagne d'entretiens d'abord à Hong Kong puis sur la place de Paris et celle de Londres sur laquelle nous sommes retourné à quelques mois d'intervalle.

Mise au point d'un guide d'entretien. Contrairement à l'observation participante, la situation d'entretien se présente en séquences bien délimitées l'entretien est préparé, puis conduit, puis analysé et se prête plus aisément à l'analyse méthodique. Si les phases exploratoire et d'observation participante nous ont permis de comprendre et de construire le cadre de notre recherche, c'est en entretien nous avons collecté les éléments nombreux et très riches, qui forment le gros des matériaux qui feront, dans le prochain chapitre, l'objet d'une analyse plus formelle.

Mettre en oeuvre un entretien, c'est recourir au "processus fondamental d'interaction entre deux personnes ", dans notre cas il était dirigé vers l'élucidation d'un thème unique: La nature exploratoire de notre travail nous a conduit à procéder par interviews semi-directives: En retour, par nos questions ouvertes et notre attitude d'écoute nous cherchions à faciliter et approfondir cette expression.

Il fallait que " l'interviewé, se sentant soutenu et compris aille au fond de sa pensée et la livre entièrement ". Comment préserver l'ouverture aux idées nouvelles sans sortir des objectifs de la recherche? Il y a, dans l'esprit du chercheur, un va-et-vient permanent entre la compréhension de son interlocuteur et la mise en relation de ce qui est exprimé avec la problématique de recherche. Il ne s'agit pas d'intervenir sur le fond, mais sur l'organisation du discours en le centrant sur des thèmes prédéterminés.

Les relances jouent un rôle capital à ce sujet, il faut pouvoir les utiliser pour " ramener toujours la compréhension de ce qui est dit par rapport à l'objet de l'entretien ". Nous recherchions à la fois l'approfondissement de la pensée et des expériences du locuteur, tout en orientant son témoignage vers les points pertinents.

Il nous était également nécessaire d'étayer les opinions exprimées en incitant à les expliciter. Pourquoi formaliser les objectifs de nos entretiens? Il ne s'agissait aucunement pour nous de déterminer une liste de questions à poser, mais d'établir un système organisé de thèmes permettant de structurer l'entretien, sans induire un discours commandé. Notre guide d'entretien était également évolutif et nous y avons intégré de nouveaux sujets à explorer au fur et à mesure du temps.

Nous y avons également inclus des questions localement pertinentes, par exemple lorsque nous rencontrions des personnes travaillant dans la même salle. Nous pouvions de la sorte revenir sur le même problème exprimé selon différents points de vue.

La trame générale de nos entretiens était la suivante: Après avoir présenté les raisons de notre venue, l'objet de notre étude et donné des assurances sur la confidentialité des propos tenus, nous fonctionnions selon trois registres:. L'identification de notre interlocuteur , destinée à situer le contexte du témoignage: Le développement des pistes qu'elle suscitait étant souvent extrêmement intéressant,.

Ainsi nous prolongions cette phase biographique en détaillant l'activité de notre interlocuteur à partir de son milieu de travail et son métier actuel, plutôt à travers son caractère relationnel que par les savoir-faire mis en jeu,. Quant aux opinions plus générales, par exemple celles concernant les relations entre métiers, nous tentions de mettre en lumière la progression du particulier vers le général qui permettait de les étayer.

Ces deux derniers registres étant en général mis en oeuvre successivement. En entretien avec des opérateurs ou des personnes ayant une connaissance directe des salles des marchés, nos domaines d'investigation étaient les suivants. Le poste actuel de l'interlocuteur et analyse de ses relations avec son environnement immédiat,.

Les relations avec les autres acteurs entrant en jeu avec les autres parties de la salle et de l'établissement, avec les autres acteurs du marché… ,. La circulation et le traitement des informations réunion, bulletins réguliers, provenance des informations, relations avec les courtiers… ,. Les contraintes fixées aux opérateurs limites, surveillance, audits, règlements… ,. Les modalités de fonctionnement de l'équipe répartitions des rôles , des primes, les conflits, l'intégration de nouveaux membres, le travail des responsables d'équipes….

Les premiers entretiens menés à partir de questions très ouvertes quels sont vos principaux problèmes? Afin d'éviter qu'il ne se transforme en questionnaire, nous avons refusé de le communiquer, préférant ne pas le consulter ostensiblement pendant l'entretien puisque nous en connaissions les thèmes par coeur.

Dans tous les cas de figure, les questions restaient aussi ouvertes que possible tant dans leur formulation que dans leur succession , se limitaient à l'élaboration de relances au moment opportun ou permettaient de recentrer l'entretien lorsque l'on s'écartait de son objectif. L'accès aux acteurs des salles et l'obtention des entretiens. Nous l'avons discuté dès le début de l'exposition de cette recherche: Une des raisons en est simplement la difficulté de leur accès. Une équipe de chercheurs ayant travaillé sur le sujet, en ergonomie, a d'ailleurs jugé utile d'inclure dans leur publication le récit détaillé - et épique - de leurs efforts pour obtenir un rendez-vous!

Pour notre part, nous avons misé sur une stratégie moins rigide et plus rapide. Ayant eu un contact extensif avec des traders et une connaissance directe des salles, il ne nous était plus nécessaire de passer par une phase 'd'initiation'.

Par ailleurs, les enquêtes reposant uniquement sur des témoignages de traders présentent des limites:. Les traders manquent souvent de recul par rapport à un métier dans lequel ils s'investissent fortement.

Les témoignages recueillis peuvent alors être fortement subjectifs et limités par l'ignorance ou l'indifférence de ce qui dépasse leur environnement immédiat. S'ils ne rejettent pas d'emblée la perte de temps ou le risque de perte de confidentialité que représente pour eux un entretien, ils accordent souvent celui-ci sans interrompre leur travail. Les conditions d'administration de l'entretien, notamment les interruptions multiples peuvent alors remettre en question la validité des données collectées.

Enfin, la sincérité d'un entretien, s'il n'est pas assis sur une confiance mutuelle, est loin d'être acquise. Une franchise 'naïve' ne permet pas forcément de réussir dans les métiers des marchés. Tout au contraire, un trader est bien placé pour savoir que l'information a un prix. Face à ces constats, nous avons ouvert notre campagne d'entretiens à d'autres catégories d'acteurs des salles des marchés.

Leur contribution pouvant s'appuyer, soit sur une mise en perspective de leur travail d'opérateur consécutive à leur évolution professionnelle, soit sur leur point de vue spécifique. Les premières étaient notamment des anciens opérateurs devenus responsables de salle ou ayant choisi un métier connexe.

Les deuxièmes étaient par exemple des informaticiens, consultants, contrôleurs de gestion, stagiaires, inspecteurs de la SFA De ce fait nous avons développé deux nouveaux guides d'entretien.

D'une certaine façon nous cherchions par cette approche à cerner notre objet d'étude plutôt qu'à nous y intégrer comme précédemment. Comment entrer en contact avec ces sources d'information? Le milieu de la finance présente une trame tissée entre des personnes fortement mobiles, mais entretenant de multiples relations. C'est sur ce réseau que nous avons choisi de nous appuyer. Cette option est d'ailleurs devenue partie intégrante des entretiens que nous menions: Notre démarche est donc très différente de celle des approches quantitatives, qui requièrent une procédure strictement codifiée dans le choix des entretiens, un échantillonnage.

Elle permet par contre de rencontrer des interlocuteurs plus disponibles et particulièrement compétents, l'un de leur critères de sélection étant 'la réputation'. Le monde cambiste associatif, par le truchement de l'association cambiste internationale est devenu un vecteur privilégié de notre progression. Pour les raisons de confidentialité que nous avons mentionnées, il ne nous est pas possible d'expliciter complètement ce diagramme.

Sa structure est par contre très représentative de notre démarche. La première campagne d'entretiens que nous avons menée à Hong Kong était marquée par la pauvreté de notre réseau relationnel de départ. Nous avions une recommandation pour le correspondant d'une grande agence de presse et la liste des membres du bureau Forex Club local.

À l'université de Hong Kong, un entretien avec un professeur s'est révélé infructueux, la personne recommandée étant en vacances. Mais en dépit de la brièveté de notre séjour sur place, nous avons rapidement pu obtenir d'autres contacts: Il nous a communiqué l'annuaire local de son association et nous a aidé à choisir des interlocuteurs dans divers types de salles.

Enfin, il nous a autorisé à nous recommander de lui auprès de certaines personnes. Nous avons de la sorte, et grâce à la gratuité des communications téléphoniques locales, pu collecter des données en un temps très réduit. La distribution des contacts 'en corolle', en sus de la richesse des contacts du Forex Club, est due à la diffusion par fax du questionnaire que nous avions élaboré à l'époque. À Paris , les plus fructueux de nos contacts, avec ou sans recommandation nous ont été donnés par une seule personne connaissant en profondeur notre domaine.

Vu l'absence de contrainte de temps nos entretiens pouvaient être librement planifiés. Certains ont été répétés pour approfondissement.

Nos interlocuteurs étaient, soit des personnes que nous connaissions personnellement en tant que 'collègues', soit des personnes-ressources retenues pour leur réputation. Nos réseaux étant constitués à notre arrivée à Londres, et en dépit des délais réduits et du peu de disponibilité, voire de la méfiance de nos interlocuteurs, nos entretiens ont été ciblés et fructueux.

Au regard des contacts restant à exploiter ou à approfondir et surtout de l'intérêt que présente la place de Londres, nous y sommes retournés quelques mois plus tard. Celles-ci sont parfois nombreuses, en particulier à Hong Kong. La brièveté de notre séjour en est un motif, mais non le seul, il faut compter avec la faiblesse de nos relations à l'époque. Notre taux de réussite s'est grandement amélioré par la suite. La nature des entretiens conduits a également évolué, la qualité de nos contacts autorisant des entretiens plus approfondis.

Conduite des entretiens et validation. Au total trente quatre heures d'entretiens avec une trentaine d'interlocuteurs ont donné lieu à formalisation, la plupart dans des conditions favorables du point de vue de leur atmosphère ouverte et franche, des conditions de leur réalisation temps disponible et de la qualité de nos interlocuteurs. Il n'y a pas eu à proprement parler de solution de continuité avec notre phase d'observation participante.

À cause de leur recouvrement d'abord, et ensuite parce que l'éventail des types d'entretiens s'est révélé assez large.

Depuis les notes prises durant nos journées d'observation dans la salle des marchés de la CNCA jusqu'aux entretiens les plus approfondis, en passant par des visites 'rapides' en salle. Tous ces matériaux ont été regroupés dans le 'fichier de dépouillement' verrouillé par un mot de passe auquel nous avons fait précédemment référence. Certains ont donné lieu à de nouveaux rendez-vous ou suggéré des points à éclaircir.

À l'inverse, d'autres entretiens se sont révélés pauvres en informations nouvelles. Malgré les problèmes de confidentialité, la plupart de nos entretiens ont été enregistrés. Vingt-trois cassettes ont été réécoutées et leurs informations extraites. Les données concernant chaque thème abordé ont été regroupées sous en sous-chapitres à l'intérieur de chaque entretien. Réécouter nos premiers entretiens nous a également permis d'améliorer ceux qui leurs succédèrent.

Étant donné le temps de dépouillement considérable, ainsi que notre sentiment que les données collectées devenaient redondantes, nous avons opté dans les derniers temps de notre recherche pour un dépouillement 'direct' sur la base de nos notes. La formalisation du contenu de nos entretiens donnait simultanément lieu à une validation des informations. La souplesse de la collecte par entretien ne doit en effet laisser croire ni à la spontanéité du témoin, ni à la neutralité du chercheur.

Il faut au contraire analyser le statut de l'entretien et la relation qui lie l'interviewé et l'enquêteur. Dans notre formalisation des informations obtenues en entretien, nous avons notamment tenu compte des facteurs suivants:. L'influence du cadre de l'entretien bureau fermé, salle des marchés, restaurant.. Les phénomènes intervenant dans le cours de l'échange interruptions ,.. L'établissement ou non de la confiance ou d'une relation spécifique lors de l'entretien étions-nous perçu comme une recrue potentielle, comme une personne neutre..?

Parmi les entretiens menés avec des opérateurs, une minorité significative a révélé certaines des restrictions de l'approche semi-directive: Ils répondaient par 'jets', de façon extrêmement brève, puis examinaient notre réaction et attendaient la question suivante.

Face à cette situation déstabilisante et à l'échec des relances ouvertes, nous avons adopté une position tout à fait différente.

En élevant des objections, en allant parfois jusqu'à être polémique nous avons cherché à montrer que nous n'étions 'pas dupe' de certaines réponses. Ces interviews du "tac au tac", justifient a posteriori notre pratique préalable du milieu sans laquelle nous aurions été purement et simplement rejetés. À ce titre, et bien que ce type d'entretien ne soit pas conforme au cadre exploratoire que nous nous sommes fixé et outre leur coté stimulant, ces interviews nous ont ouvert l'accès à d'autres témoins, validant notre compréhension du milieu.

De fait, le problème que nous décrivons est analogue à ceux que nous avons rencontré comme ingénieur informaticien: Une réactivité vive et rapide, mais qui exclut la formalisation des besoins avant qu'ils n'apparaissent. De surcroît, ces expériences constituent l'occasion de réfléchir sur l'articulation des phases du protocole de collecte de données que nous avons mené et l'intérêt qu'elle présente.

En quoi contribuent-elles à lui conférer une nature synergique, cumulative? Comment poser un bilan de notre protocole d'investigation? Doit-il s'exprimer comme une succession de phases ayant chacune un objectif et une durée délimitée? En d'autres termes y-a-t'il solution de continuité entre ces phases? Nous pensons avoir démontré que ce n'est pas le cas et que la démarche d'investigation que nous l'avons mise en oeuvre ne peut être perçue qu'en tant que système.

Nous reviendrons tout d'abord sur la combinaison de méthodes telle qu'elle est abordée à travers le concept de triangulation, puis nous tenterons d'appréhender de manière plus approfondie la démarche d'étude de 'situations de gestion dans leur contexte réel' que nous avons conduite.

À l'origine, l'idée de combiner différentes méthodes d'investigation en sciences sociales pour mieux cerner, " trianguler ", un phénomène remonte à Campbell et Fiske. Ceux-ci estiment qu'il est souhaitable d'utiliser plusieurs méthodes de collecte " pour s'assurer que la variance provient du phénomène étudié et non de la méthode ". Défini de façon générale comme " la combinaison de méthodologies dans l'étude d'un même phénomène ", le terme de triangulation est emprunté à l'arpentage qui utilise plusieurs point de référence pour déterminer la position exacte d'un objet.

Pour Jick, il existe un continuum des démarches de triangulation qui se révèlent adaptées à des objets d'étude plus ou moins complexes:. Il est possible, selon l'objet d'étude que l'on se donne, de combiner les démarches d'investigation de façon plus ou moins sophistiquée:.

La plus simple consiste dans la construction d'échelles quantitatives à partir d'une étude exploratoire qualitative ou à l'inverse dans l'utilisation d'observations de terrain pour conforter des données statistiques. Smith remarque que ce type de "triangulation primitive" se rapproche plus souvent d'une succession de méthodes que d'une réelle combinaison de celles-ci.

Une deuxième forme de triangulation est citée par Denzin, elle consiste à recouper les informations issues de sources différentes ou de méthodes indépendantes. Nous pouvons également nous référer à Glaser et Strauss qui, lorsqu'ils proposent d'utiliser " la méthode comparative continue ", visent renforcer la validité des résultats par comparaison de groupes multiples. Pour cela, ils mettent en oeuvre à la fois l'analyse de documents, l'observation directe et l'observation participante.

Mais, d'après Jick, pour arriver à produire une " interprétation holistique " d'une situation complexe, il faut mettre en oeuvre une réelle union de démarches. Les faiblesses de chacune étant compensées par les forces des autres. Dans le cadre des case studies , Yin n'hésite pas à associer différentes sources pour permettre au chercheur d'appréhender une plus vaste étendue de problèmes. Cette sensibilité aux multiples foyers de données permet d'entretenir une meilleure proximité à la situation, de ressentir " dans ses os " la pertinence de l'analyse.

Quelles sont les démarches auxquelles nous avons fait appel? Elles sont au nombre de trois. Mode de collecte Obstacles Avantages Types d'informations Analyse documentaire:. Incitation spontanée à répondre politesse, accueil, désir de communiquer on se rapproche de l'expérimentation dans la mesure où l'on choisit les sujets abordés flexibilité Opinions exprimées sur:.

Notre démarche relève donc bien d'une triangulation dans la mesure où nous faisons appel à des méthodes d'investigation variées. Mais où nous situons nous alors dans l'échelle de Jick? S'il s'agit bien pour nous d'associer les points forts de chaque méthode, nous ne pouvons nous situer dans la démarche de type regroupant des méthodes indépendantes dans un but de validation.

En effet, notre objectif s'apparente plus à une étude de définition qu'à la simple validation d'hypothèses et les méthodes que nous mettons en oeuvre ne peuvent en aucune manière être considérées comme indépendantes. C'est au contraire leur combinaison qui est au centre de notre démarche. Sommes-nous pour autant dans une situation de triangulation holistique? Oui dans la mesure où c'est de cette synergie des situations de recherche que nous espérons tirer des résultats originaux.

Mais le concept de triangulation ne prend pas en compte d'autres éléments essentiels du protocole d'étude des salles des marchés que nous avons mis en oeuvre. Il nous faut pour cela revenir sur les deux principes fondamentaux de notre démarche de recherche d'informations que nous avons établis au début de ce chapitre: Comme nous l'avions spécifié en mettant en avant la vocation exploratoire de notre étude , notre recherche ne peut, par son objet même se conduire de façon prévue et linéaire.

Plus qu'un système de démarches d'investigation, "les hypothèses et mêmes les questions sont susceptibles d'évoluer constamment au fur et à mesure de la recherche.

En retour, le travail empirique se verra régulièrement réorienté en fonction des approfondissements successifs du cadre théorique". La construction théorique et l'étude empirique ne se situent plus dans un ordre séquentiel. Mais elle pose au chercheur une série de problème spécifiques. Dans sa réflexion sur le sujet Burgess souligne les difficultés rencontrées par le chercheur. Une remise en question permanente: Le problème des périodes, des endroits, des comportements à adopter et des personnes à étudier n'est jamais définitivement résolu.

Il faut donc se remettre souvent en question quand au type de données à observer et à retenir. L'exercice de l'appréciation 'instantanée' du chercheur est répété.

Il faut souvent renégocier l'entrée sur le terrain. Se présenter soi-même, présenter son étude et les garanties de confidentialité des témoignages ou des informations enregistrées par inadvertance.

De plus, il ne suffit pas de déterminer et de mettre en oeuvre les méthodes appropriées en fonction des contraintes du terrain, mais il faut également relativiser ces méthodes les unes par rapport aux autres.

On se ramène là au problème de la triangulation. On peut l'exprimer en localisant la situation du chercheur sur 2 axes:. À chaque étape et dans chacune des positions qu'il doit adopter se posent des problèmes spécifiques:. La phase exploratoire ressemble au journalisme d'investigation.

La position est celle d'un étranger au terrain. Il s'agit de savoir de quoi il retourne, de comprendre les expressions utilisées. Le problème essentiel est celui de l'entrée sur le terrain. En observation participante, l'entrée sur le terrain est un donné.

Le risque est au contraire d'être dévoré par les demandes venant de l'organisation, surtout en salle des marchés où il est difficile d'être à moitié engagé. Le problème est celui du double statut de chercheur et d'acteur et des risques "d'indigénisation" afférents. C'est alors dans l'interaction qu'il faut reconstituer une distance.